La crypto-monnaie est-elle licite ?

Question :

Assalamou alaykoum.  La crypto-monnaie est elle licite ? Merci.

Réponse :

عليكم سلام ورحمة الله وبركاته

Au nom d’Allah, la louange est à Allah, que les prières et salutations soient sur le Messager d’Allah, sa famille et ses suivants.

La monnaie électronique est, légalement, une monnaie stockée sur des mémoires électroniques de façon indépendante d’un compte bancaire. Dans les catégories de la masse monétaire, elle s’oppose à la monnaie fiduciaire (pièces et billets) ou à la monnaie scripturale (compte de dépôt).

La différence entre les cryptomonnaies (aussi appelées monnaies électroniques ou virtuelles) et les monnaies papiers (aussi appelées monnaies fiduciaires) est que la monnaie papier (euro, dollar, etc) est distribuée par les banques et cela à travers les différents accords qu’il y a entre les pays et états à l’échelle mondiale ; tandis que la cryptomonnaie ne nécessite pas de compte bancaire et est conservée par des outils informatiques et électroniques essentiellement.

De même, les cryptomonnaies telles que le bitcoin proviennent à la base de particuliers et de personnes parfois inconnues, et elles ne sont pas soumises aux législations de tous les pays et états.

Pour cela, la cryptomonnaie est utilisée par certains pour des évasions fiscales et beaucoup de pays ne la reconnaissent donc pas en tant que monnaie officielle.

D’autre part, la valeur de la cryptomonnaie peut varier de beaucoup à la hausse ou à la baisse en très peu de temps et dépend de beaucoup de flux de marchés ; tandis que la monnaie papier dépend essentiellement de la puissance économique des pays et états.

De plus, la cryptomonnaie n’est pas reconnue par tous comme une monnaie d’échange et il n’est pas possible d’acheter tout ce qu’on veut avec et c’est pourquoi certains juristes la considèrent comme une marchandise et non une monnaie.
L’imam Malik -qu’Allah lui fasse miséricorde- dit (comme il est cité dans al-modawwana 3/5) : « Si la peau des ânes devenait une monnaie d’échange comme l’or et l’argent alors je détesterais la vendre contre de l’or et de l’argent avec un délai ». Ce récit montre que l’imam considère qu’une chose peut devenir une monnaie d’échange à partir du moment où elle est utilisée officiellement comme l’or et l’argent et elle sera donc soumise aux mêmes règles en ce qui concerne l’usure, la Zakat, etc…

Parmi les différences que les juristes soulèvent également entre la cryptomonnaie et la monnaie papier, il est que la cryptomonnaie n’a pas de valeur en elle-même car elle est virtuelle et ne repose sur rien, tandis que la monnaie papier à la base se repose sur l’or et l’argent qui est conservé dans les banques et a donc une valeur monétaire réelle et physique ; bien que depuis 1971 les pays créent de la monnaie papier plus importante que l’or et l’argent contenu dans les banques et c’est ce qui a ouvert la porte aujourd’hui à la monnaie virtuelle entre autres.

Pour ces éléments et d’autres qui vont venir, les savants contemporains sont partagés sur la question du bitcoin.

Certains le considèrent comme une monnaie réelle et lui appliquent donc toutes les règles de la monnaie (usure, Zakat, ect).
D’autres considèrent que vu que sa valeur peut monter très rapidement et baisser très rapidement sans fondement solide sur lequel se baser, ni garant vers qui se retourner, cela est tout à fait comparable aux jeux de hasards.
D’autres considèrent la chose d’un point de vue gouvernemental et attirent l’attention sur le fait que cela nuit à l’économie des pays, concurrence les banques et facilite l’évasion fiscale, et donc ces derniers l’interdisent.
D’autres l’interdisent car étant donné qu’elle ne repose pas sur une monnaie physique et palpable, il n’est pas possible d’appliquer les règles jurisprudentielles telles que le fait que lorsqu’on échange de l’or et de l’argent il faut que le vendeur et l’acheteur récupèrent ce qu’ils ont échangés sur place et sans délai ; tandis qu’avec la cryptomonnaie on ne récupère rien de physique, ni palpable, ni conservé par des banques à l’instar de la monnaie papier.

D’autres érudits préfèrent ne pas se prononcer sur la question au vu de tous les paramètres énoncés et du fait qu’il n’est pas reconnu de tous que cela est une monnaie et donc on ne peut pas lui appliquer toutes les règles de jurisprudence monétaire comme vu plus haut, car certains la considèrent comme une simple marchandise et donc les paramètres jurisprudentiels changent.
D’autres hésitent à se prononcer du fait que la cryptomonnaie évolue et il n’est pas impossible qu’un jour elle soit officiellement reconnue dans tous les pays et états du monde comme la monnaie papier car comme nous l’avons évoqué la monnaie papier n’a plus forcément de représentativité en or et argent et les états la créent en se basant sur rien de physique ni palpable et donc au final cela à de grandes similarités avec la cryptomonnaie.

Si donc la cryptomonnaie était un jour reconnue par les pays et états comme pour la monnaie papier elle deviendrait donc licite et soumise aux jurisprudences étatiques et islamiques.

والله أعلم

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